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Licenciement d'un travailleur handicapé : Vos droits avec la RQTH

Par Maud, Avis Favorable · publié le 12 octobre 2026

Licenciement d'un travailleur handicapé : Vos droits avec la RQTH

Une lettre recommandée, une convocation à un entretien préalable, et la RQTH dans votre dossier : la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ne rend pas le licenciement impossible.

Mais elle change les règles du jeu, à commencer par ce que l'employeur devait faire avant.

Au sommaire (11 parties)
  1. Un salarié avec la RQTH peut-il être licencié ?
  2. Ce que l'employeur devait faire avant de vous licencier
  3. Le préavis doublé, et ses limites
  4. Calcul de l'indemnité de licenciement d'un travailleur handicapé
  5. Licenciement lié au handicap : Discrimination et nullité
  6. Licencié pendant un arrêt maladie ou pour des absences ?
  7. Licenciement économique : Le handicap compte dans les critères
  8. Et après le licenciement ?
  9. Contester : Délais et interlocuteurs
  10. Les erreurs qui coûtent cher
  11. Vos vérifications après la lettre de licenciement

Un salarié avec la RQTH peut-il être licencié ?

Oui, et c'est une idée reçue tenace, alors je la règle d'entrée : la RQTH ne fait pas de vous un salarié protégé.

Le code du travail dresse la liste des salariés protégés à l'article L2411-1 : délégués syndicaux, élus du CSE, conseillers prud'hommes, conseillers du salarié et quelques autres mandats. Pour eux, l'employeur doit obtenir une autorisation avant de licencier. Les travailleurs handicapés n'y figurent pas.

L'employeur n'a pas les mains libres pour autant. D'abord, il ne peut pas vous licencier en raison de votre état de santé ou de votre handicap : c'est une discrimination interdite par l'article L1132-1.

Ensuite, il devait, avant d'en arriver là, prendre les mesures appropriées pour vous permettre de garder votre emploi (article L5213-6).

Un licenciement pour un vrai motif (faute, motif économique, inaptitude constatée par le médecin du travail) reste donc possible. Un licenciement qui cache le handicap, non.

Ce que l'employeur devait faire avant de vous licencier

Les aménagements raisonnables

L'article L5213-6 oblige l'employeur à prendre, selon vos besoins concrets, les mesures qui vous permettent de conserver un emploi correspondant à votre qualification :

Il ne peut s'en dispenser que si le coût est disproportionné, compte tenu des aides qui peuvent le compenser. Et le texte le dit clairement : refuser ces mesures peut constituer une discrimination.

Prenons Brigitte. Comptable, une sclérose en plaques, la RQTH depuis trois ans. Elle a demandé deux fois par mail un logiciel de dictée et un jour de télétravail. Pas de réponse.

Six mois plus tard, on lui reproche des retards et on la convoque. Gardez ces mails, ils sont précieux : ils montrent qu'elle a demandé des aménagements et que l'employeur n'a rien fait.

En cas d'inaptitude, une recherche de reclassement réelle

Si le licenciement fait suite à un avis d'inaptitude du médecin du travail, l'employeur devait d'abord chercher à vous reclasser. Pour un salarié handicapé, cette recherche se combine avec l'obligation d'aménagement.

Le 3 juin 2020, la Cour de cassation a jugé nul le licenciement d'un salarié handicapé déclaré inapte. L'employeur n'avait fait ni étude de poste ni recherche d'aménagement malgré ses demandes.

Les étapes de l'inaptitude sont détaillées dans la page inaptitude au travail et MDPH.

La procédure de licenciement

Elle est la même que pour tout salarié :

  1. une convocation à un entretien préalable, par recommandé ou remise en main propre ;
  2. l'entretien, au moins 5 jours ouvrables après la présentation de la lettre. Vous pouvez vous faire assister par un collègue, ou par un conseiller du salarié s'il n'y a pas de représentants du personnel ;
  3. la lettre de licenciement, en recommandé avec avis de réception, au moins 2 jours ouvrables après l'entretien, avec les motifs.

À l'entretien, demandez calmement quels aménagements ont été étudiés. La réponse, ou l'absence de réponse, compte.

Licenciement RQTH : convocation, entretien préalable, lettre de licenciement, puis contestation aux prud'hommes

Le préavis doublé, et ses limites

C'est la mesure la plus connue : pour un travailleur handicapé, la durée du préavis de licenciement est doublée, sans pouvoir dépasser 3 mois.

Ancienneté Préavis légal Avec la RQTH
De 6 mois à moins de 2 ans 1 mois 2 mois
2 ans et plus 2 mois 3 mois (plafond)

Le doublement connaît trois limites :

Calcul de l'indemnité de licenciement d'un travailleur handicapé

Il n'y a pas de formule spéciale. Vous touchez l'indemnité légale de tout salarié, dès 8 mois d'ancienneté, sauf faute grave, ou celle de votre convention collective si elle est plus favorable :

Le salaire retenu est la moyenne la plus favorable entre les 12 et les 3 derniers mois.

Et voici le détail qui intéresse les salariés avec RQTH : l'ancienneté se compte jusqu'à la fin du préavis. Un préavis doublé repousse donc la date de fin, et peut faire gagner quelques mois d'ancienneté.

Reprenons Brigitte. Son salaire de référence est de 2 400 € brut. À la notification, elle a 9 ans et 10 mois d'ancienneté. Avec un préavis de 3 mois au lieu de 2, elle arrive à 10 ans et 1 mois :

L'écart est modeste ici, mais il existe. Vérifiez qu'il a été pris en compte sur votre solde de tout compte.

En cas d'inaptitude, les règles d'indemnité sont différentes et parfois bien plus favorables : tout est expliqué dans la page sur l'indemnité de licenciement pour inaptitude.

Licenciement lié au handicap : Discrimination et nullité

Si le vrai motif est votre handicap, le licenciement est nul. Ce n'est pas un simple licenciement « sans cause réelle et sérieuse », et la différence est énorme.

Dans le cas d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'indemnité est encadrée par un barème selon l'ancienneté.

Pour un licenciement nul pour discrimination, ce barème ne s'applique pas. Si vous ne demandez pas votre réintégration, ou si elle est impossible, le juge accorde au moins les salaires des 6 derniers mois, en plus de l'indemnité de licenciement.

Côté preuve, la règle est favorable au salarié. Vous apportez des éléments de fait qui laissent supposer une discrimination :

Ensuite, c'est à l'employeur de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs, sans lien avec le handicap.

Une nuance quand même : une différence de traitement fondée sur une inaptitude constatée par le médecin du travail n'est pas une discrimination si elle est objective, nécessaire et appropriée.

Un licenciement pour inaptitude bien mené est donc légal. C'est l'absence de recherche sérieuse qui le fait basculer.

Licencié pendant un arrêt maladie ou pour des absences ?

Beaucoup de salariés avec la RQTH enchaînent les arrêts, et c'est là que la peur monte. Le principe est net : on ne peut pas être licencié parce qu'on est malade, c'est une discrimination liée à l'état de santé.

L'employeur garde en revanche d'autres portes. Il peut licencier :

Le motif qui revient le plus, ce sont les absences elles-mêmes. Il est valable à deux conditions cumulées :

La lettre de licenciement doit expliquer ces deux points.

Prenons Olivier, absent huit semaines pour une opération. Sa lettre dit seulement « vos absences sont incompatibles avec votre poste », sans un mot sur l'entreprise ni sur un remplacement. C'est exactement le genre de lettre qu'il faut faire examiner de près.

Si l'arrêt vient d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle, la protection est plus forte.

Le licenciement n'est possible que pour une faute grave, ou si le contrat ne peut pas être maintenu pour une raison étrangère à l'accident ou à la maladie. Certaines conventions collectives ajoutent aussi une garantie d'emploi pendant la maladie, alors lisez la vôtre.

Licenciement économique : Le handicap compte dans les critères

Quand une entreprise supprime des postes pour motif économique, elle doit choisir qui part selon des critères. À défaut de règles dans une convention ou un accord collectif, l'article L1233-5 du code du travail retient :

L'employeur peut mettre l'accent sur l'un de ces critères, à condition de tenir compte de tous les autres.

Si vous êtes sur la liste, demandez donc comment ces critères ont été appliqués et si votre handicap a été pris en compte. Ce n'est pas une garantie de rester, mais c'est un point qui se vérifie.

Et après le licenciement ?

Votre RQTH ne tombe pas avec votre contrat. Elle est attribuée pour 1 à 10 ans, voire à vie. Son renouvellement se demande 4 mois avant la fin : regardez la date de votre notification, c'est le bon moment pour la vérifier.

Elle vous permet aussi d'être accompagné par Cap emploi, directement ou par une agence France Travail :

Contester : Délais et interlocuteurs

Le premier interlocuteur est le conseil de prud'hommes. Pour contester la rupture du contrat, vous avez 12 mois à compter de la notification du licenciement. Pour demander réparation d'une discrimination, le délai est de 5 ans à compter de sa révélation.

Ne comptez pas sur ce délai plus long pour attendre : les témoins partent, les mails disparaissent.

Vous pouvez aussi saisir le Défenseur des droits, qui traite gratuitement les discriminations liées au handicap. Trois façons de le faire : le formulaire en ligne, le téléphone au 09 69 36 00 00, ou un courrier sans timbre.

Pour chiffrer votre demande et engager l'action, tournez-vous vers un défenseur syndical ou un avocat.

Avant tout rendez-vous, rassemblez : la notification de RQTH, vos demandes d'aménagement et les réponses, les avis du médecin du travail, la lettre de licenciement.

Les erreurs qui coûtent cher

Vos vérifications après la lettre de licenciement

Si l'une de ces réponses vous met mal à l'aise, notez-la noir sur blanc et montrez-la à un défenseur syndical ou au Défenseur des droits, avec vos pièces. C'est souvent sur ces détails que tout se joue.

Vos questions

Peut-on licencier un salarié qui a la RQTH ?

Oui. La RQTH ne fait pas de vous un salarié protégé au sens du code du travail : cette protection est réservée aux représentants du personnel et à quelques autres mandats. En revanche, un licenciement à cause du handicap est interdit et nul, et l'employeur doit avoir pris les mesures appropriées pour vous garder en poste.

Le préavis est-il doublé en cas de licenciement pour inaptitude ?

En cas d'inaptitude d'origine non professionnelle, le préavis n'est ni exécuté ni payé. En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, la Cour de cassation a jugé que le doublement prévu pour les travailleurs handicapés ne s'applique pas à l'indemnité compensatrice versée dans ce cas.

L'indemnité de licenciement est-elle plus élevée avec la RQTH ?

Le code du travail ne prévoit pas de formule à part : c'est l'indemnité légale de tout salarié, sauf convention collective plus favorable. Le préavis doublé peut toutefois l'augmenter un peu, parce que l'ancienneté se compte jusqu'à la fin du préavis.

Combien de temps pour contester son licenciement ?

Une action sur la rupture du contrat se prescrit par 12 mois à compter de la notification. Pour réparer une discrimination, le délai est de 5 ans à compter de sa révélation. Dans les deux cas, réagir vite permet de réunir les preuves tant qu'elles existent.

Qu'est-ce qu'une discrimination liée au handicap au travail, et que faire ?

Un employeur ne peut pas vous licencier à cause de votre état de santé ou de votre handicap (article L1132-1 du code du travail). Refuser les aménagements appropriés, sauf s'ils coûtent trop cher compte tenu des aides, peut aussi être une discrimination. Vous présentez des éléments qui la laissent supposer, et c'est à l'employeur de prouver que sa décision n'a rien à voir avec le handicap. Vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes ou, gratuitement, le Défenseur des droits.

Sources officielles (vérifiées le 4 octobre 2026)
  1. Service-public : RQTH, préavis doublé en cas de licenciement
  2. Code du travail numérique : article L5213-9 (préavis doublé)
  3. Code du travail numérique : article L2411-1 (salariés protégés)
  4. Code du travail numérique : articles L1132-1, L1132-4 et L1134-1 (discrimination, nullité, preuve)
  5. Code du travail numérique : article L1235-3-1 (indemnité en cas de licenciement nul)
  6. Code du travail numérique : article L5213-6 (mesures appropriées)
  7. Code du travail numérique : articles L1232-2, L1232-4 et L1232-6 (procédure de licenciement)
  8. Code du travail numérique : articles L1471-1 et L1134-5 (délais pour agir)
  9. Service-public : indemnité de licenciement, vérifié le 05/06/2026
  10. Légifrance : Cour de cassation, chambre sociale, 27 janvier 2016, n° 14-12.710
  11. Légifrance : Cour de cassation, chambre sociale, 3 juin 2020, n° 18-21.993
  12. Service-public : Licenciement d'un salarié en arrêt maladie, absences perturbant le fonctionnement de l'entreprise
  13. Service-public : Licenciement d'un salarié en arrêt maladie dans le secteur privé
  14. Code du travail numérique : article L1233-5 (critères d'ordre des licenciements économiques)
  15. Mes aides France Travail : Accompagnement vers l'emploi des personnes en situation de handicap (Cap emploi), mise à jour le 30 juillet 2026
  16. Défenseur des droits : lutter contre les discriminations

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