Votre enfant est dys, et l'école parle d'un « dossier MDPH » ? Pas si vite. L'aide à l'école passe par deux portes.
Le PAP, que l'école met en place elle-même, sans MDPH. Ou le PPS, décidé par la MDPH, dès qu'il faut un accompagnant en classe, un ordinateur fourni, une orientation particulière ou une aide financière.
Au sommaire (10 parties)
- Dysphasie, dyslexie : Handicap ou simple difficulté scolaire ?
- Ce que le guide-barème dit des troubles dys
- PAP ou PPS : La question à trancher en premier
- En classe, au quotidien : Ce que l'enseignant peut changer tout de suite
- Les aides à l'école qui passent par la MDPH
- Examens : Tiers temps et autres aménagements
- L'AEEH pour un enfant dys
- Décrire un trouble dys : L'exemple d'Inès
- Après 16 ans : RQTH et AAH
- Avant de déposer un dossier pour un enfant dys
Dysphasie, dyslexie : Handicap ou simple difficulté scolaire ?
Prenons Inès, 7 ans, qui a une dysphasie : elle comprend mal les consignes orales, cherche ses mots, fait des phrases que seuls ses parents décodent.
Elle voit l'orthophoniste deux fois par semaine depuis la grande section. En CE1, la lecture coince, et la maîtresse parle d'un « dossier MDPH ». Ses parents ne savent pas par où commencer.
Pas de liste de maladies reconnues à consulter pour savoir à quoi ils ont droit : ce qui compte, ce sont les conséquences en classe.
Mon Parcours Handicap range la dyslexie, la dysphasie, la dyspraxie, la dyscalculie et la dysorthographie parmi les troubles du neurodéveloppement. Un trouble dys peut donc être reconnu comme un handicap.
Mais le même site le dit clairement : toute situation de handicap ne demande pas une décision de la MDPH. Beaucoup d'enfants dys suivent leur scolarité avec des aménagements mis en place directement par l'école.
Par contre, dès qu'il faut un accompagnant en classe, un ordinateur fourni, une orientation particulière ou une aide financière, le passage par la MDPH est obligatoire. C'est elle qui évalue, et sa commission, la CDAPH, qui décide.
Les troubles dys vont souvent par deux ou par trois, et ils s'associent fréquemment à un trouble de l'attention.
Si c'est le cas de votre enfant, lisez aussi la page TDAH et MDPH. Et si des difficultés de communication sociale sont évoquées, la page autisme et MDPH vous concerne.
Ce que le guide-barème dit des troubles dys
C'est la question du « taux », et elle mérite une réponse franche. Le guide-barème, l'annexe officielle qui sert à fixer le taux d'incapacité, a un chapitre consacré au langage et à la parole. La dyslexie y apparaît explicitement à deux niveaux :
| Niveau du guide-barème | Ce qu'il cite | Fourchette |
|---|---|---|
| Déficience légère | dysorthographie et/ou dyslexie résiduelle et/ou dyscalculie | 0 à 15 % |
| Déficience moyenne | alexie, dyslexie, dysorthographie, acalculie, dyscalculie entraînant une thérapeutique | 20 à 45 % |
Attention à la lecture de ce tableau : il ne fixe pas le taux de votre enfant. Le même guide rappelle que le diagnostic ne permet pas, à lui seul, d'évaluer le handicap, et qu'on évalue la situation globale, sans additionner les taux.
Une dysphasie sévère qui empêche de communiquer, une dyspraxie qui rend l'écriture impossible, plusieurs troubles associés : tout cela s'apprécie selon les conséquences réelles.
Soyons francs quand même : les deux niveaux où le texte cite la dyslexie restent sous 50 %, et c'est à partir de 50 % que l'AEEH devient possible. Ça ne ferme pas la porte.
Quand les troubles sont sévères ou associés, c'est l'ensemble de la situation qui est évalué. Raison de plus pour décrire précisément ce que les troubles empêchent, et pas seulement leur nom.
PAP ou PPS : La question à trancher en premier
Voici les deux grands outils pour un élève dys. Le choix entre les deux conditionne tout le reste.
| PAP (plan d'accompagnement personnalisé) | PPS (projet personnalisé de scolarisation) | |
|---|---|---|
| Qui décide | L'école, après avis du médecin de l'Éducation nationale | La CDAPH de la MDPH |
| Faut-il un dossier MDPH ? | Non | Oui |
| Ce qu'il permet | Aménagements pédagogiques : polycopiés, captations audio, contrôles aménagés, emploi du temps adapté pour l'orthophonie | Tout cela, plus les décisions de la commission : accompagnement humain (AESH), matériel pédagogique adapté, orientation, Sessad |
| Aménagements d'examens | Oui, sur demande | Oui, sur demande |
Commençons par le PAP : il se demande dès qu'un diagnostic est posé, à n'importe quel moment de la scolarité. Le médecin de l'Éducation nationale fait le constat des troubles, en s'appuyant sur les bilans (orthophoniste, psychologue, psychomotricien…).
Puis le directeur ou le chef d'établissement rédige le plan avec l'équipe et vous le transmet pour signature. Il est réévalué chaque année.
Le PPS, lui, devient le bon choix quand les aménagements de la classe ne suffisent plus. Pour une première demande, votre interlocuteur est le directeur de l'école ; ensuite, c'est l'enseignant référent.
Tout dépend de la situation d'Inès. Si des consignes reformulées, des textes à trous et un peu plus de temps suffisent, un PAP fait le travail. Si elle a besoin d'un adulte à côté d'elle pour comprendre chaque consigne, il faut un PPS.
En classe, au quotidien : Ce que l'enseignant peut changer tout de suite
Beaucoup de parents s'attendent à un grand dispositif, alors que le plus utile démarre souvent par des gestes simples. Mon Parcours Handicap cite parmi les aménagements pédagogiques :
- des reformulations.
- des consignes adaptées.
- des photocopies adaptées (imprimées uniquement en recto).
- une taille de police agrandie.
- une clé USB pour travailler sur ordinateur.
- une installation adaptée dans la classe.
- un allègement du travail.
Pour Inès, cela veut dire :
- une consigne redite autrement et découpée ;
- une place d'où elle voit le visage de la maîtresse ;
- un exercice raccourci plutôt qu'une page entière à rendre.
Rien de tout cela n'exige un dossier MDPH. Le PAP sert justement à écrire ces aménagements noir sur blanc, pour qu'ils suivent l'enfant d'une classe à l'autre.
Le pôle d'appui à la scolarité, avant tout dossier MDPH
Il existe aussi une porte que beaucoup de familles ne connaissent pas : le pôle d'appui à la scolarité, ou PAS.
Selon son cahier des charges, publié par l'Éducation nationale, il peut être sollicité par les parents, mais aussi par le chef d'établissement, le directeur d'école ou un professeur.
Il s'adresse aux élèves à besoins éducatifs particuliers sans qu'une notification de la CDAPH soit nécessaire, et il apporte une première réponse pédagogique, éducative ou médico-sociale. Une équipe permanente le compose : un coordonnateur de l'Éducation nationale et un éducateur spécialisé.
Ce n'est pas un remplaçant de la MDPH. Si un GEVA-sco devient nécessaire, le PAS peut soutenir les démarches de la famille. Renseignez-vous auprès de la direction de l'école sur la façon de le solliciter dans votre secteur.
Les aides à l'école qui passent par la MDPH
Pour l'AESH, l'accompagnement peut être mutualisé (l'AESH suit plusieurs élèves) ou individualisé (il reste près de votre enfant). Un point à connaître : ce n'est pas à vous de « demander une AESH ».
Mon Parcours Handicap explique que la famille et l'école doivent témoigner des besoins de l'élève, notamment dans le GEVA-sco. C'est l'équipe d'évaluation qui conclut ou non à la nécessité d'une aide humaine.
Côté matériel, la commission peut décider de l'attribution d'un ordinateur ou d'un autre matériel pédagogique adapté, quand il est nécessaire à la scolarité.
Pour un trouble du langage oral sévère, la commission peut aussi proposer une Ulis, une unité localisée pour l'inclusion scolaire. L'élève reste inscrit dans sa classe d'âge, partage du temps avec ses camarades et reçoit un enseignement spécialisé en petit groupe.
Une des catégories d'Ulis vise les troubles du langage. C'est la CDAPH qui décide de l'orientation, après l'accord des parents. Les parents peuvent la refuser : l'enfant reste alors dans son école, et une nouvelle demande à la MDPH permet de chercher d'autres aménagements.
L'affectation, elle, dépend du directeur académique selon les besoins, le secteur et les places.
Reste le Sessad, ce service médico-social qui intervient sur les lieux de vie de l'enfant, y compris à l'école, avec une équipe qui peut compter orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien. L'orientation vers un Sessad est décidée par la commission.
Les places sont souvent rares : inscrivez votre enfant sur les listes d'attente dès la notification.
Enfin, les soins peuvent se faire sur place : un orthophoniste libéral peut intervenir dans l'établissement, si ce besoin est reconnu par la MDPH et figure dans le PPS. Le directeur doit aussi donner son accord.
Examens : Tiers temps et autres aménagements
C'est souvent l'aide qui compte le plus au collège et au lycée. Service-public liste les aménagements possibles pour un examen de l'Éducation nationale, comme le brevet ou le bac :
- du temps en plus, sans dépasser le tiers du temps prévu pour chaque épreuve, sauf situation exceptionnelle.
- des aides techniques ou humaines pendant l'épreuve.
- la conservation des notes pendant 5 ans, ou l'étalement des épreuves sur plusieurs sessions.
- des adaptations ou dispenses d'épreuves.
Avec un PAP ou un PPS, la demande suit une procédure simplifiée, par un formulaire de l'académie remis au professeur principal. Sans l'un ou l'autre, c'est la procédure complète, avec un avis du médecin désigné par la CDAPH.
Faites la demande au plus tard à la date limite d'inscription à l'examen.
Mon conseil : vérifiez en cours d'année que les outils utilisés en classe, surtout numériques, seront bien autorisés le jour de l'examen. Mon Parcours Handicap le recommande aussi.
L'AEEH pour un enfant dys
L'AEEH, l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé, est possible pour un enfant dys à deux conditions de taux :
- un taux d'au moins 80 %.
- ou un taux de 50 à 79 %, avec une condition en plus.
Cette condition en plus, c'est l'une de ces trois situations :
- l'enfant est suivi par un établissement ou service médico-social (comme un Sessad).
- il est scolarisé dans un dispositif adapté.
- il a besoin de soins et de rééducations préconisés par la commission.
Pour un trouble dys, c'est presque toujours la seconde voie qui se discute. Les rééducations comptent donc beaucoup, à condition d'être décrites : leur fréquence, leur durée, ce qu'elles coûtent quand elles ne sont pas remboursées, le temps que vous y passez.
Décrire un trouble dys : L'exemple d'Inès
Le certificat médical (cerfa 15695) prévoit qu'en cas de troubles du langage avec un retentissement significatif, un bilan orthophonique soit joint. Joignez-le, ainsi que les bilans de psychomotricité ou d'ergothérapie s'il y en a. Puis soignez la partie « vie quotidienne » du formulaire.
Avant : « Inès a une dysphasie. Elle est suivie en orthophonie. Elle a des difficultés à l'école. »
Après : « Inès ne comprend pas une consigne orale de plus de deux étapes : il faut la lui redire seule, en la découpant. À l'écrit, elle met environ trois fois plus de temps que ses camarades pour une phrase. Elle ne peut pas raconter sa journée à quelqu'un d'autre que ses parents. Elle va chez l'orthophoniste deux fois par semaine depuis deux ans, dont une séance sur le temps scolaire. En récréation, elle reste seule parce que les autres enfants ne la comprennent pas. »
Le second texte compare Inès avec un enfant de son âge, donne des durées, une fréquence, et montre les conséquences en classe et en dehors. C'est ce que la commission cherche.

Après 16 ans : RQTH et AAH
Les troubles dys ne disparaissent pas à la fin du lycée. Pour l'apprentissage, les stages ou le premier emploi, la RQTH peut être utile : elle est accessible dès 16 ans.
Et entre 15 et 20 ans, un PPS en cours ou l'AEEH valent déjà RQTH.
L'AAH est plus rare pour un trouble dys isolé. Elle demande un taux d'au moins 80 %, ou de 50 à 79 % avec une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi.
Ce n'est pas impossible quand plusieurs troubles se cumulent, mais il faut alors que le dossier montre en quoi l'accès à un travail est réellement empêché.
Avant de déposer un dossier pour un enfant dys
- Le bilan orthophonique récent est joint, avec les autres bilans paramédicaux.
- Vous savez si vous visez un PAP (sans MDPH) ou un PPS (avec MDPH).
- Le GEVA-sco a été demandé à l'école.
- Le texte « vie quotidienne » compare votre enfant à un enfant du même âge, avec des exemples chiffrés.
- Les frais non remboursés et le temps que vous consacrez aux rééducations sont notés, si vous demandez l'AEEH.
- La demande d'aménagements d'examens est prévue avant la date limite d'inscription.
Un dossier dys bien fait ne décrit pas un enfant « en difficulté ». Il décrit un enfant qui travaille deux fois plus pour un résultat moindre, et ce que l'école et la famille font déjà pour l'aider.