Vous avez passé la matinée à essayer de vous lever. Ça « compte » pour la MDPH ? Oui : une dépression ou un trouble bipolaire peut ouvrir droit à l'AAH.
Le piège, c'est que ça ne se voit pas, et « dépression sévère » seul ne dit rien à la commission. Cadre général : maladie et MDPH.
Au sommaire (9 parties)
- Une dépression peut-elle ouvrir droit à l'AAH ?
- Quel taux d'incapacité pour une dépression ou un trouble bipolaire
- Montant de l'AAH pour une dépression : Le même pour tous
- Ce que la MDPH regarde vraiment dans un trouble psychique
- Comment décrire votre quotidien : Un exemple avant et après
- Conjoint, salaire, arrêt de travail : Trois questions qui reviennent
- RQTH, PCH : Les autres droits à demander à la MDPH
- Refus d'AAH pour un trouble bipolaire ou une dépression : Que faire
- Avant d'envoyer un dossier pour trouble psychique
Une dépression peut-elle ouvrir droit à l'AAH ?
Vous avez annulé un rendez-vous de plus, et pourtant vous vous demandez si ça « compte ». Oui, mais pas parce que ça s'appelle « dépression ».
Le guide-barème, le texte officiel que suit la MDPH, le dit dans son chapitre sur le psychisme. Le diagnostic psychiatrique ne permet pas de mesurer ce qu'une personne peut ou ne peut plus faire dans sa vie familiale, sociale ou professionnelle.
L'évaluateur doit compléter l'examen médical par une évaluation de votre vie réelle.
Il y a aussi une condition de durée. Pour les troubles de l'humeur, le barème précise qu'ils ne comptent que s'ils sont prolongés, plus de six mois, ou répétés, plus de trois épisodes par an.
Une dépression réactionnelle de quelques semaines, même très dure, n'entre donc pas dans ce cadre. Une dépression qui s'installe, ou un trouble bipolaire avec des épisodes à répétition, oui.
Le barème tient compte aussi de l'ancienneté de la maladie, des traitements possibles et de la fréquence des hospitalisations.
Quel taux d'incapacité pour une dépression ou un trouble bipolaire
Le guide-barème consacre un passage aux troubles de l'humeur. Voici ce qu'il décrit, résumé fidèlement.
| Situation décrite par le barème | Taux |
|---|---|
| Troubles dépressifs ou hypomaniaques légers ou équilibrés, trouble bipolaire bien compensé (le barème dit encore « psychose maniaco-dépressive »), compatible avec la vie quotidienne et le travail | 20 à 45 % |
| Dépression franche, sans signe mélancolique grave, qui perturbe de façon notable la vie professionnelle, la vie quotidienne restant conservée | 50 à 75 % |
| État maniaque qui entrave la vie sociale et professionnelle, ou état mélancolique (perte de volonté, douleur morale, auto-accusation, ralentissement) qui entrave la vie quotidienne | 75 à 95 % |
De façon plus générale, pour tous les troubles psychiques, le barème place le seuil de 80 % à un endroit précis. C'est là où la personne ne peut vivre ou travailler en milieu ordinaire que grâce à une sollicitation importante de son entourage.
Regardez bien la ligne du milieu. Entre 50 et 79 %, c'est là que tout se joue pour l'AAH, et je l'explique juste après.
Pour comprendre comment ces fourchettes sont appliquées, voyez la page sur le taux d'incapacité MDPH.
Montant de l'AAH pour une dépression : Le même pour tous
Il n'existe pas de montant d'AAH propre à la dépression.
L'allocation adulte handicapé est la même quel que soit le handicap. Elle s'élève au maximum à 1 041,59 € par mois depuis le 1er avril 2026, que votre taux soit de 50 % ou de 80 %.
Ce montant baisse si vous avez d'autres ressources. Avec une pension d'invalidité, par exemple, la Caf verse seulement la différence, comme l'indique la fiche officielle de service-public.
Ce qui change selon le taux, c'est l'accès au droit :
- à 80 % et plus, le taux suffit.
- entre 50 et 79 %, il faut en plus que la commission reconnaisse une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi, la RSDAE.
Pour un trouble psychique, la RSDAE est souvent le vrai sujet. La définition officielle prend en compte les contraintes liées aux traitements et les troubles qui aggravent la situation.
Un traitement qui vous ralentit le matin, des rendez-vous au CMP deux fois par semaine, une fatigue qui revient par vagues : tout ça compte, à condition de l'écrire.
La restriction doit durer au moins un an, et elle reste compatible avec un travail en ESAT, une formation, ou un emploi à moins d'un mi-temps.
Ce que la MDPH regarde vraiment dans un trouble psychique
La commission ne vous voit pas toujours. Elle lit votre dossier, et en premier le certificat de votre médecin. Ce formulaire contient des rubriques taillées pour les troubles psychiques, qui restent trop souvent vides.
Premier point à regarder : la fréquence. Le médecin indique si vos symptômes sont permanents, réguliers (plus de 15 jours par mois) ou ponctuels, ce qui est décisif pour une maladie qui fluctue.
Une case existe aussi pour une « incapacité fluctuante », et c'est tant mieux, car les bons jours ne doivent pas effacer les mauvais.
Vient ensuite la vie quotidienne. Le certificat évalue des activités très concrètes :
- prendre son traitement.
- gérer son suivi médical.
- faire les courses.
- préparer les repas.
- faire le ménage.
- gérer les démarches administratives et le budget.
Pour chacune, il note si vous la faites seul, avec difficulté, avec l'aide ou la stimulation de quelqu'un, ou pas du tout.
Deux autres rubriques comptent. Il y a la vie sociale et le comportement, où figurent l'isolement, la rupture avec l'entourage et la mise en danger : ces lignes existent et il faut les remplir.
Les suivis, ensuite : CMP, CATTP, hôpital de jour, psychologue. Le formulaire prévoit de les lister, et on peut joindre un questionnaire spécifique au handicap psychique.
La notice officielle du certificat le dit sans détour : les informations sur la seule maladie ne suffisent pas. Le médecin doit préciser si les troubles sont réguliers ou fluctuants, et quels effets secondaires ont les traitements.
Vous retrouverez la même logique pour toutes les maladies qui ne se voient pas, comme l'explique la page sur le handicap invisible.
Les personnes qui préparent un dossier fibromyalgie et MDPH se heurtent exactement au même mur. Leurs symptômes varient d'un jour à l'autre, et la commission a besoin de les voir sur le papier.
Comment décrire votre quotidien : Un exemple avant et après
Voici le cas de Claire, 44 ans, suivie pour une dépression récurrente. Dans son dossier, elle avait d'abord écrit ceci :
« Je souffre de dépression depuis plusieurs années. Je suis suivie par un psychiatre. Je suis souvent fatiguée et j'ai du mal à travailler. »
Rien n'y est faux, mais la commission ne peut rien en tirer : combien de jours, quelles activités, quelle aide ? Voici la version qui répond à ces questions :
« Quatre jours sur sept, je reste au lit jusqu'au début de l'après-midi. Ces jours-là, je ne me lave pas et je ne mange qu'un repas, que ma sœur prépare. Je n'ouvre plus mon courrier : ma sœur le fait une fois par semaine, sinon les factures restent sans réponse. J'ai tenté une reprise à mi-temps ce printemps : trois semaines, puis un nouvel arrêt. Mon traitement me ralentit le matin, je ne peux pas conduire avant 11 heures. Je vais au CMP deux fois par semaine. »
Si vous comparez les deux, le second texte donne des fréquences, des durées, le nom de la personne qui aide. Il cite un essai de travail qui a échoué et les contraintes du traitement. C'est exactement ce que la grille d'évaluation cherche.
Inutile de forcer le trait : les personnes qui vivent avec une dépression ont souvent appris à faire bonne figure, et elles décrivent leur meilleur jour. Décrivez une semaine ordinaire, avec ses mauvais jours.
Pour la partie où vous parlez de vous, la méthode est détaillée dans le guide pour rédiger son projet de vie.

Conjoint, salaire, arrêt de travail : Trois questions qui reviennent
Les revenus de votre conjoint ne comptent plus : depuis le 1er octobre 2023, le plafond de ressources de l'AAH se calcule sur vos seules ressources. Pour une personne sans enfant, service-public indique 12 499 € par an, et 18 749 € avec un enfant.
Les salaires ne sont retenus que partiellement, ce qui explique qu'on puisse cumuler un petit emploi et l'allocation, à condition de regarder le détail de votre situation.
Faut-il être en arrêt de travail pour toucher l'AAH ? Non, aucune des conditions listées par service-public (taux, âge, résidence, ressources) n'en parle. Un arrêt peut en revanche appuyer le dossier, puisqu'il montre que vous n'avez pas pu travailler.
Et si vous touchez déjà une pension d'invalidité ? Les deux ne s'additionnent pas librement : la Caf verse la différence entre votre pension et le montant maximal de l'AAH.
RQTH, PCH : Les autres droits à demander à la MDPH
L'AAH n'est pas la seule demande possible, et certaines se font en même temps.
Toute demande d'AAH déclenche automatiquement l'examen d'une RQTH, la reconnaissance de travailleur handicapé. Elle est accordée pour 1 à 10 ans, et le détail de ce qu'elle apporte est sur la page qui lui est consacrée.
Autre piste, la PCH et son volet soutien à l'autonomie. Depuis le 1er janvier 2023, la prestation de compensation peut financer jusqu'à 3 heures d'aide humaine par jour pour les personnes dont les fonctions mentales, cognitives ou psychiques sont altérées.
Les conditions d'accès à la PCH sont différentes de celles de l'AAH, et l'évaluation porte sur des activités précises de la vie quotidienne.
Regardez aussi la durée de vos droits. Avec un taux de 50 à 79 %, l'AAH est accordée pour 1 à 2 ans, et jusqu'à 5 ans si le handicap ne peut pas s'améliorer sur la période. Pensez donc au renouvellement dès la notification.
Refus d'AAH pour un trouble bipolaire ou une dépression : Que faire
Un refus ne veut pas dire que votre situation est trop légère. Parfois, le dossier était simplement trop discret.
Vous avez 2 mois à partir de la notification pour faire un recours administratif préalable obligatoire, le RAPO, auprès de la MDPH. C'est obligatoire avant d'aller au tribunal.
Votre situation peut alors être réévaluée : profitez-en pour joindre ce qui manquait, un compte rendu du psychiatre, une attestation du CMP, un bilan d'hospitalisation.
Si le délai est passé, rien n'empêche de déposer une nouvelle demande avec un dossier complet.
Avant d'envoyer un dossier pour trouble psychique
- La maladie dure depuis plus de six mois, ou les épisodes se répètent plus de trois fois par an.
- Le certificat a moins d'un an et précise la fréquence et le caractère fluctuant des troubles.
- Les effets du traitement et les suivis (CMP, hôpital de jour, psychologue) sont décrits.
- Votre texte raconte une semaine ordinaire, avec ses mauvais jours, et nomme les personnes qui vous aident.
- Les comptes rendus récents sont joints.
Si vous hésitez sur une formulation, gardez la plus concrète. Et pour la suite des démarches, la page sur l'AAH reprend les conditions et la demande pas à pas.