Vous allez recopier la liste de vos maladies dans le projet de vie ? Surtout pas : c'est la partie libre du formulaire MDPH (cerfa 15692), et tout cela figure déjà dans le certificat médical.
Ce qui est rageant, c'est de gâcher la seule page où vous pouvez raconter vos journées et ce que vous voudriez pouvoir faire.
Au sommaire (9 parties)
- Le projet de vie MDPH n'a pas disparu, il a changé de nom
- À quoi sert le projet de vie pour la MDPH
- Que mettre dans un projet de vie MDPH : Un plan en quatre temps
- Exemples de projet de vie MDPH, avant et après
- Exemple de projet de vie MDPH pour une dépression
- Vos attentes et vos projets : La moitié oubliée du projet de vie
- Après le dépôt : Qui lit votre texte, et peut-on y revenir ?
- Les erreurs à éviter dans un projet de vie MDPH
- Avant de glisser votre projet de vie dans le dossier
Le projet de vie MDPH n'a pas disparu, il a changé de nom
Si vous cherchez une page intitulée « projet de vie » dans le formulaire actuel, vous ne la trouverez pas. Elle a été renommée : c'est devenu la partie B, « Votre vie quotidienne ».
Le mot reste pourtant dans la loi. L'article R146-26 du code de l'action sociale et des familles prévoit que la demande est accompagnée du certificat médical. Il ajoute « et, le cas échéant, des éléments d'un projet de vie ».
Concrètement, votre projet de vie s'écrit à deux endroits possibles :
- dans le cadre libre en fin de partie B, qui vous invite à donner « d'autres renseignements importants (situation, attentes, projets) » sur votre vie quotidienne.
- sur papier libre, que vous joignez au dossier.
Les cases à cocher de la partie B (vos besoins, vos attentes) en font aussi partie. Le texte libre vient les compléter et leur donner du sens.
Pour la façon de remplir ces cases et le reste du formulaire, voyez le guide pour remplir son dossier MDPH. Ici, on se concentre sur le texte.
À quoi sert le projet de vie pour la MDPH
Ce n'est pas une pièce obligatoire : votre dossier est recevable sans lui, comme le rappelle monparcourshandicap.gouv.fr. Par contre, il pèse bien plus lourd qu'on ne le croit.
La loi dit que vos besoins de compensation sont inscrits dans un plan personnalisé. Il est « élaboré en considération des besoins et des aspirations de la personne handicapée tels qu'ils sont exprimés dans son projet de vie » (article L114-1-1).
Ce plan, c'est le document qui regroupe les propositions de la MDPH avant la décision. Il est construit, dit encore le code, « au terme d'un dialogue » avec vous sur votre projet de vie.
Autrement dit, la MDPH ne peut proposer des réponses qu'aux besoins qu'elle voit. Si vous ne les écrivez pas, personne ne les devinera.
Et le handicap, au sens de la loi, ce n'est pas une maladie : c'est une limitation d'activité ou une restriction de participation à la vie en société. Le projet de vie est l'endroit où ces limitations deviennent visibles.
Que mettre dans un projet de vie MDPH : Un plan en quatre temps
Aucune longueur n'est imposée, et aucun modèle officiel n'existe. Voici un plan simple qui fonctionne pour la plupart des situations.
- Commencez par votre situation en trois lignes : avec qui vous vivez, où, ce que vous faites de vos journées (travail, études, maison). Pas de diagnostic ici.
- Décrivez ensuite une journée ordinaire, et une mauvaise : du lever au coucher, ce qui vous prend du temps, ce que vous ne faites plus seul, qui vous aide. Si vos troubles varient, dites aussi combien il y a de mauvais jours par mois.
- Dites ce que le handicap vous a fait abandonner : travail, loisirs, sorties, rôle dans la famille. C'est souvent là que la restriction de participation se lit le mieux.
- Terminez par ce que vous voudriez, même modestement : rester chez vous, reprendre un emploi à temps partiel, pouvoir partir en vacances, souffler en tant qu'aidant.
Pour chaque difficulté, posez-vous quatre questions : combien de fois ? combien de temps ? avec quelle aide (une personne, un objet, un rappel) ? et qu'est-ce qui se passe si personne n'aide ?
Le formulaire précise d'ailleurs que le besoin d'aide, c'est aussi le besoin d'être « stimulé, guidé, incité verbalement ». Si quelqu'un doit vous rappeler de manger ou de prendre vos médicaments, c'est un besoin d'aide, et il s'écrit.

Exemples de projet de vie MDPH, avant et après
Prenons un exemple. Trois personnes inventées, trois situations fréquentes. À vous de garder la méthode, pas les phrases.
Agnès, 44 ans, secrétaire, douleurs et fatigue au quotidien
Avant : « Je souffre de douleurs chroniques qui m'empêchent de vivre normalement. Je suis très fatiguée. »
Après : « Le matin, il me faut une heure pour me lever, me laver et m'habiller, contre vingt minutes avant. Je travaille à 80 % depuis l'an dernier. Le mercredi, je ne fais rien d'autre que me reposer. Mon mari fait les courses et le ménage. Je ne conduis plus au-delà de trente minutes. Deux semaines par mois environ, la douleur me réveille la nuit, et le lendemain je n'arrive pas à me concentrer sur un tableau Excel plus d'une heure. »
Léo, 9 ans, écrit par ses parents
Avant : « Léo a besoin d'aide pour s'habiller et faire ses devoirs. »
Après : « À 9 ans, Léo ne s'habille pas seul : il faut lui donner les vêtements un par un et lui rappeler l'étape suivante, sinon il s'arrête. Ses camarades de classe le font seuls depuis longtemps. Les devoirs prennent une heure et demie chaque soir avec l'un de nous à côté. Le matin, l'un de nous a dû passer à temps partiel pour l'emmener à l'école et à ses séances. »
Pour un enfant, le formulaire demande justement de comparer avec un enfant du même âge sans handicap et de ne décrire que ses besoins à lui.
Bastien, 31 ans, un handicap qui ne se voit pas
Avant : « J'ai des troubles anxieux. Je ne peux pas travailler. »
Après : « Je ne sors pas seul en dehors de mon quartier. Quand je dois aller à un rendez-vous, ma sœur m'accompagne, sinon je fais demi-tour. J'ai quitté trois emplois en deux ans après des crises sur le lieu de travail. Je ne réponds plus au téléphone quand je ne connais pas le numéro, ce qui m'a fait rater des courriers et des démarches. Ma sœur gère mon budget. »
Quand le handicap est psychique, cognitif ou fluctuant, ce genre de description est encore plus précieux, parce que rien ne se voit pendant un rendez-vous. Notre page sur le handicap invisible donne d'autres pistes.
Il existe aussi un questionnaire complémentaire officiel pour ces situations, avec une partie que vous remplissez vous-même. Il est facultatif et se télécharge sur monparcourshandicap.gouv.fr.
Exemple de projet de vie MDPH pour une dépression
La dépression est la situation où l'on écrit le moins, parce qu'on a honte et parce que rien ne se voit. Voici un cas inventé, Nadia, 38 ans, caissière, dépression récurrente depuis quatre ans. Gardez la méthode, pas les phrases.
Avant : « Je suis en dépression, je n'ai plus la force de rien. »
Après : « Trois à quatre jours par semaine, je ne me lève pas avant 11 h. Ces jours-là, je ne me lave pas, je mange un paquet de biscuits, et les courriers restent fermés sur la table. Mon traitement me fait dormir dix heures, et même reposée, je ne lis pas plus de deux pages de suite. J'ai arrêté mon travail à temps plein après trois arrêts maladie. Le mois dernier, je ne suis pas sortie de mon quartier sans que ma mère m'accompagne. Les jours un peu meilleurs, je fais une lessive, et c'est ma journée. Je vois ma psychiatre tous les mois. »
Ce texte donne des fréquences, des durées, un effet du traitement, une aide reçue. Il dit aussi ce qui se passe les bons jours, et c'est voulu.
Montrer que les troubles vont et viennent est plus crédible que de décrire un seul mauvais jour. Le certificat médical demande d'ailleurs si les signes sont réguliers, c'est-à-dire plus de 15 jours par mois, ou ponctuels, moins de 15 jours par mois.
Comptez vos mauvais jours sur un mois et écrivez le chiffre.
Évitez le « je suis déprimée » seul, qui est un diagnostic, et préférez ce que vous ne faites plus. Et pensez à en parler à votre médecin avant qu'il remplisse le certificat : projet de vie et certificat doivent raconter la même histoire.
Vos attentes et vos projets : La moitié oubliée du projet de vie
La plupart des projets de vie s'arrêtent aux difficultés. Or la loi parle de « besoins » et d'« aspirations ». La rubrique B3 du formulaire liste des souhaits possibles :
- Vivre à domicile.
- Une aide humaine.
- Du matériel.
- Un aménagement du logement.
- Un accueil temporaire.
- Un bilan de vos capacités.
- Une aide financière.
Cochez-les, puis expliquez-les dans votre texte.
Avant : « J'aimerais être aidée. »
Après : « Je voudrais continuer à vivre chez moi. Pour ça, j'ai besoin de quelqu'un deux heures le matin pour la toilette et le petit-déjeuner, et d'une barre d'appui dans la douche. Je voudrais aussi garder mon travail à temps partiel le plus longtemps possible. »
Si un proche vous aide tous les jours, il peut s'exprimer lui aussi dans la partie F, réservée à l'aidant familial. C'est facultatif, et c'est souvent là qu'on comprend le poids réel de la situation.
Après le dépôt : Qui lit votre texte, et peut-on y revenir ?
Votre projet de vie est lu par l'équipe de la MDPH qui évalue vos besoins, puis elle en tire un plan de compensation. Ce plan vous est transmis avant la décision.
Vous avez 15 jours pour dire ce qui ne vous semble pas juste ou ce qui manque (article R146-29 du code de l'action sociale et des familles).
C'est le bon moment pour corriger une phrase mal comprise ou ajouter une difficulté oubliée, sans attendre un recours.
Rien ne vous oblige non plus à traiter tous les sujets. Vous pouvez parler de l'école, du travail, du logement, de la santé ou des loisirs, selon ce qui compte pour vous, et laisser le reste de côté.
Les erreurs à éviter dans un projet de vie MDPH
Le réflexe le plus répandu, c'est de recopier un modèle trouvé sur internet. Mauvaise idée : les équipes lisent beaucoup de dossiers. Un texte générique ne dit rien de vous, et c'est vous qui êtes évalué.
Autre piège : raconter la maladie au lieu de la vie. Le diagnostic, les examens, les traitements sont le travail du médecin dans le certificat médical (cerfa 15695). Vous, racontez leurs conséquences.
Les mots vagues ne vous aident pas non plus. « Difficile », « souvent », « beaucoup » ne se mesurent pas, alors qu'une durée, une distance, une fréquence se mesurent.
Quand la colère monte, c'est tentant de la mettre sur le papier. Elle est légitime, mais un texte factuel est plus lu qu'un réquisitoire. Gardez les faits, ils parlent d'eux-mêmes.
Pour ne pas contredire le certificat, faites lire votre projet de vie à votre médecin avant qu'il le remplisse : il pourra s'appuyer dessus.
Dernier oubli fréquent : ce qui va bien grâce à l'aide. Si vous tenez debout au travail grâce à un siège adapté, dites-le. L'aide qui fonctionne montre le besoin, elle ne l'efface pas.
Avant de glisser votre projet de vie dans le dossier
- Pas de diagnostic, mais des conséquences concrètes et chiffrées : minutes, mètres, nombre de fois par semaine.
- Au moins une journée décrite du lever au coucher, et un mauvais jour si vos troubles varient.
- Les aides reçues, y compris celles de la famille et les simples rappels, et ce que vous avez abandonné à cause du handicap.
- Vos attentes et vos projets, cochés en B3 et expliqués.
- Vos nom et prénom sur chaque page si vous écrivez sur papier libre.
Relisez-le à voix haute. Si une personne qui ne vous connaît pas peut imaginer votre mardi, votre texte fait son travail. Et si vous voulez un avis, posez votre question en commentaire sous mes vidéos.