Vous voyez mal et vous vous demandez quel taux la MDPH va retenir ? Pour elle, la cécité a un seuil : une vision centrale inférieure à 1/20e de la normale, après correction.
Pour une autre déficience visuelle, comme pour toute maladie et MDPH, ce sont vos mesures et ce que vous ne pouvez plus faire qui décident.
Au sommaire (7 parties)
- Comment le guide-barème évalue la vision : Acuité, champ visuel, moyenne
- Le volet 2 du certificat MDPH : Ce que l'ophtalmologue doit remplir
- Un seul œil atteint, hémianopsie : Deux cas qu'on se demande
- Handicap visuel et droits : AAH, RQTH, PCH, carte
- Le reste du dossier : Certificat, bilans et texte personnel
- Un exemple pour le volet 2 : Bernadette décrit ses journées
- Avant d'envoyer un dossier de handicap visuel
Comment le guide-barème évalue la vision : Acuité, champ visuel, moyenne
La vision a son propre chapitre, le cinquième des huit. Il s'appuie sur des mesures, pas sur un diagnostic. L'acuité visuelle s'apprécie après correction, en tenant compte de la correction optique supportable en vision binoculaire.
On la mesure de loin (échelle de Monoyer, à 5 mètres) et de près (échelle de Parinaud, lue à 40 centimètres). Le champ visuel est apprécié à la coupole de Goldman, avec le test III/4, sans dissocier les deux yeux.
Le guide transforme ensuite ces mesures en taux grâce à des tableaux. Quand la vision de loin et celle de près sont altérées dans les mêmes proportions, le tableau de la seule vision de loin suffit.
Sinon, il existe une dissociation entre les deux, et le texte demande d'adopter la moyenne arithmétique entre les deux taux calculés, l'un avec Monoyer, l'autre avec Parinaud.
Je ne recopie pas ces tableaux : ils se lisent avec les mesures exactes de vos deux yeux, que seul votre ophtalmologue a.
Comme partout dans le guide, le résultat est une fourchette, de 1 à 15 % pour une forme légère jusqu'à 80 à 95 % pour une forme sévère ou majeure.
C'est le franchissement du seuil de 50 % ou de 80 % qui ouvre ou non des droits.
Tout est expliqué dans la page sur le taux d'incapacité MDPH. Retenez aussi qu'une déficience de la vue peut s'ajouter à d'autres : les taux de chapitres différents ne s'additionnent pas de façon arithmétique, sauf précision contraire, et l'évaluation reste globale.
Le volet 2 du certificat MDPH : Ce que l'ophtalmologue doit remplir
Le volet 2 est le « compte rendu type pour un bilan ophtalmologique ». En cas de déficience visuelle, Mon Parcours Handicap demande de le joindre avec le certificat de votre médecin et de le faire remplir par l'ophtalmologue qui vous suit.
Il commence par les mesures. L'acuité de loin, avec la meilleure correction optique tolérée et hors tout système grossissant, puis l'acuité de lecture, pour l'œil droit et pour l'œil gauche.
Viennent ensuite :
- le champ visuel binoculaire (normal ou non, avec un tracé à compléter au verso quand il ne l'est pas).
- la vision des couleurs.
- la sensibilité aux faibles contrastes.
- la présence d'un nystagmus, d'une diplopie, d'une photophobie, d'une cécité nocturne ou d'une hallucinose.
L'évolution prévisible clôt cette partie : amélioration, stabilité, aggravation, ou non définie.
La seconde moitié ne parle plus d'yeux mais de vie.
Voici les lignes. Pour chacune, une case dit si une tierce personne est nécessaire :
- lire et écrire.
- reconnaître un visage à un mètre.
- faire les gestes du quotidien comme préparer et prendre un repas.
- utiliser le téléphone.
- l'adresse gestuelle (casser, verser à côté, renverser, se cogner).
- se déplacer chez soi puis dehors.
Suivent les aides techniques, optique ou canne blanche, et même une question sur l'incompréhension des difficultés visuelles par l'entourage.
À mon sens, c'est la ligne la plus juste du formulaire : ne pas être compris fait partie du quotidien d'un handicap qui ne se voit pas toujours.
Un conseil pratique : demandez à votre ophtalmologue de remplir aussi cette seconde moitié. Un volet 2 où seules les mesures sont cochées laisse la commission sans rien lire sur vos journées.

Un seul œil atteint, hémianopsie : Deux cas qu'on se demande
Que dit le barème quand un seul œil voit ? Le chapitre sur la vision ne traite pas ce cas à part : il le lit dans son tableau d'acuité de loin des deux yeux.
Avec un œil à 10/10 et l'autre à moins de 1/20, le taux est de 23 %, et de 25 % si cet œil est aveugle.
On reste donc très en dessous de 50 %. Cela ne veut pas dire que votre gêne n'existe pas : elle compte dans la description de votre quotidien, pas dans ce chiffre.
Pour le champ visuel, le texte donne des repères plus élevés. Une hémianopsie complète correspond à un taux de 42 %, une hémianopsie altitudinale inférieure peut aller jusqu'à 60 %, et une double hémianopsie latérale complète (bitemporale) jusqu'à 85 %.
Ce sont des repères, pas un résultat automatique : la commission regarde aussi vos limitations réelles.
Handicap visuel et droits : AAH, RQTH, PCH, carte
Aucun droit ne s'ouvre au nom d'une maladie des yeux. L'AAH suppose un taux d'au moins 80 %, ou de 50 à 79 % avec une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi.
La RQTH suppose que vos possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi soient réduites, sans condition de taux.
La PCH compte « voir » parmi ses 20 activités : une difficulté absolue pour une activité, ou grave pour deux, ouvre le droit. La cécité a en plus son forfait.
Pour une vision centrale nulle ou inférieure à 1/20 de la vision normale, et à condition d'être éligible à la PCH, Service-public indique un forfait d'aide humaine. Il est de 50 heures par mois, soit 837,85 € par mois.
Si une surdité s'ajoute, le forfait prend la forme de 30, 50 ou 80 heures par mois.
Côté carte, la CMI invalidité demande un taux d'au moins 80 % ou une pension d'invalidité de 3e catégorie. Sur cette carte, la sous-mention « cécité » est inscrite quand la vision centrale est inférieure à 1/20e de la normale après correction.
La mention stationnement ne dépend pas du taux : le texte vise notamment l'altération d'une fonction sensorielle qui impose d'être accompagné, lorsque aucun déplacement seul n'est possible, même après apprentissage.
Le reste du dossier : Certificat, bilans et texte personnel
Le volet 2 ne remplace ni le certificat ni votre propre texte.
Le certificat contient une rubrique sur les déficiences sensorielles, qui renvoie aux volets 1 et 2 quand le retentissement est significatif. Sa grille du retentissement reste à remplir : déplacements, communication, entretien personnel, vie quotidienne et domestique.
Chaque activité y reçoit une lettre de A (sans difficulté ni aide) à D (non réalisé). Si vos déplacements ou vos repas passent par l'aide d'un proche, c'est là que la lettre C peut apparaître.
Parmi les pièces que le formulaire cite, les bilans paramédicaux comptent, dont celui de l'orthoptiste, avec les comptes rendus récents d'hospitalisation et de consultations spécialisées.
La notice officielle rappelle aussi que le médecin ne se prononce pas sur l'attribution d'une prestation : il décrit, la commission décide.
Quant à la partie « vie quotidienne » du formulaire de demande, c'est vous qui l'écrivez, et c'est là que vos journées entrent dans le dossier.
Un exemple pour le volet 2 : Bernadette décrit ses journées
Prenons Bernadette, 58 ans, dont la vue baisse à cause d'une rétinopathie liée à son diabète.
Le guide-barème évoque lui-même les lésions oculaires d'un diabète, qu'il renvoie à son chapitre sur la vision ; la page diabète et MDPH en parle du côté du traitement. Dans son questionnaire, elle avait écrit :
« Malvoyante, rétinopathie diabétique, suivie par un ophtalmologue. »
Voici ce qu'elle pourrait ajouter :
« Je ne lis plus mon courrier sans loupe électronique et je renonce aux notices en petits caractères. Je ne reconnais plus mes voisins à un mètre : il faut qu'ils me parlent. Je renverse un verre sur deux et je me cogne dans les portes entrouvertes. Je prends le bus seule jusqu'au marché, avec ma canne blanche, mais jamais sur un trajet que je ne connais pas. Mon mari lit mes papiers administratifs. »
Les phrases de la seconde version suivent les lignes du questionnaire du volet 2 : lecture, visages, gestes du quotidien, adresse gestuelle, déplacements, aides techniques, aide d'un tiers.
Les chiffres de l'acuité restent ceux de l'ophtalmologue. Ce que vous apportez, c'est ce qu'ils font de vos journées. Bernadette est un exemple, pas un modèle à recopier.
Avant d'envoyer un dossier de handicap visuel
- Le volet 2 est rempli en entier, questionnaire sur le retentissement compris, avec le tracé du champ visuel si besoin.
- Les mesures précisent la correction utilisée.
- Votre texte décrit la lecture, les visages, les repas, le téléphone et les déplacements.
- Les aides techniques sont nommées, canne blanche ou loupe électronique par exemple.
- Vous savez quel droit vous visez : AAH, RQTH, PCH ou carte.
Un doute sur une ligne du volet 2 ? Laissez-le en commentaire sous une vidéo de la chaîne Avis Favorable.